Cher Christoph Rauh, vous avez été, aux côtés de Maman Sidikou, l’un des moteurs de la création de la Fondation Facilité Sahel. Quels étaient alors les arguments en faveur de la mise en place de cet instrument de financement entièrement nouveau ?

Christoph Rauh (BMZ) : La création de la Facilité Sahel n’a pas été une opération facile. La phase de démarrage a été longue, car il s’agissait d’un instrument innovant.
L’un des objectifs était de passer rapidement à la mise en œuvre concrète de projets. Pour cela, il fallait des circuits décisionnels courts. Petit, rapide, flexible : telle était notre ambition. Et cela a fonctionné : quelques mois seulement après la création de la Facilité, le premier projet a pu être mis en œuvre. Point très important : nous avons également pu atteindre des populations dans des zones de conflit que nous n’aurions probablement pas pu atteindre avec des instruments classiques.
Cinq ans plus tard, la Facilité Sahel compte 24 partenaires de projet et a conclu des contrats de financement pour un montant de 45 millions d’euros. Y a-t-il des résultats dont vous êtes particulièrement fiers ?
Ce chiffre à lui seul – 24 organisations partenaires dans cinq pays – constitue déjà un beau succès et montre que la Facilité Sahel a trouvé sa place dans ces pays, où elle est acceptée et appréciée. Le fait que ce mécanisme intervienne dans ce champ de tension entre développement et consolidation de la paix revêt une importance particulière ; il ne s'agit pas uniquement d'investissements, mais ces investissements s'inscrivent dans des processus où les personnes planifient ensemble et engagent le dialogue. C'est un aspect dont nous pouvons être fiers.
Je pense également que, grâce à cette approche, la Facilité renforce les capacités de la population locale, car c’est celle-ci qui mène les projets.
L’une des particularités de la Facilité Sahel est que les représentants de la région disposent d’un droit de vote au sein des instances décisionnelles. En quoi cela la distingue-t-il des autres instruments de financement ?

La Facilité Sahel a été conçue dès le départ de telle sorte que les acteurs locaux n'aient pas seulement leur mot à dire, mais soient de véritables partenaires. Au départ, tous les gouvernements étaient représentés par l’organisation régionale du G5 Sahel. Après la dissolution du G5, nous avons réussi à préserver cette appropriation locale en confiant les rênes à d’autres acteurs. Cela a permis de tirer pleinement parti du savoir-faire local et de ne pas planifier les projets dans des bureaux en Europe, mais de faire en sorte que les partenaires participent aux décisions dès le début. Tout cela contribue à légitimer cette approche.
Je pense que nous pouvons affirmer aujourd’hui que la Facilité est devenue une référence bien établie dans les cinq pays d'intervention, à savoir le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie. Elle est acceptée, non seulement par les groupes cibles et la population, mais aussi par les gouvernements. Cela a permis un processus d’apprentissage mutuel. Et comme nous concevons les projets ensemble dès le départ, nous trouvons des solutions flexibles lorsque leur mise en œuvre est ralentie, par exemple en raison de la situation sécuritaire.
Depuis 2021, la situation dans la région a beaucoup changé. Comment la Facilité Sahel a-t-elle géré cette évolution et dans quelle mesure est-elle préparée à faire face à de futurs changements ?

Dans le cadre de la Facilité Sahel, nous avons intégré une grande flexibilité dans l’ensemble du dispositif, de sorte qu’elle puisse s’adapter rapidement aux nouvelles évolutions.
Dans son accord de coalition, le gouvernement allemand a reconnu que le Sahel est une région importante et que la coopération allemande au développement y restera présente. La Facilité Sahel est précisément l’instrument qui nous permet de rester présents et de mettre en œuvre, en collaboration avec les populations, des projets visant à améliorer leurs conditions de vie.
Les appels d’offres régionaux sont conçus de manière transparente et suivent des règles claires. Cela inclut la gouvernance, c’est-à-dire les structures internes. Au sein de la Facilité Sahel, ce sont des professionnels qui sont à l’œuvre, tant au niveau de la planification que de la mise en œuvre. La Facilité Sahel a su instaurer un climat de confiance, tant auprès des partenaires de la région qu’auprès du gouvernement fédéral allemand. Nous souhaitons poursuivre dans cette direction.
Le BMZ a fourni le financement initial de la Fondation, puis a débloqué des fonds supplémentaires l’année dernière. De votre point de vue de donateur, quels sont les arguments en faveur de l’engagement au sein de la Facilité Sahel ?
La Facilité Sahel a été conçue dans l’optique d’une participation d’autres bailleurs de fonds. C’est déjà le cas, mais nous souhaitons accueillir d’autres partenaires.
Cette facilité est un bon outil : elle fonctionne de manière stable dans une région difficile, s'adapte avec souplesse aux changements constants, présente de faibles coûts administratifs et produit des résultats. Nous avons renforcé les partenaires locaux et leur appropriation des projets, nous avons travaillé en toute transparence et, surtout, nous avons obtenu des résultats concrets grâce au travail de la Facilité Sahel et aux projets qui y sont associés.
Cette combinaison d’efficacité, de transparence, d’appropriation locale et de renforcement des ONG locales, c’est-à-dire de la société civile sur le terrain, qui se trouve renforcée par ce type d’instruments, ce sont précisément les ingrédients dont nous avons besoin.