Aller au contenu principal

Des infrastructures créatrices de cohésion sociale

Au Mali, le projet CONPAX a fait le pari de répondre simultanément à un double enjeu : améliorer les conditions de vie des populations tout en renforçant la cohésion sociale. Quatre ans plus tard, les partenaires dressent le bilan de ce projet financé par la Fondation Facilité Sahel. 

[Août 2026]

Les infrastructures comme point de rencontre

A l’issue du projet CONPAX, 55 ouvrages stratégiques (points d'eau, salles de classe, centres de santé, parcs de vaccination, marchés à bétail…) ont été construits ou réhabilités dans onze communes du nord du Mali.

 « Tous les ouvrages ont été identifiés par les communautés elles-mêmes. Elles ont participé à la réalisation des infrastructures du début à la fin et ont choisi les membres des comités de suivi et de gestion », explique Agaly Ag Akeratane, chef de projet du volet mobilisation communautaire de Tassaght.

Le projet repose sur une idée centrale : l’implication étroite des communautés dans la réalisation d’infrastructures socio-économiques peut à la fois améliorer les conditions de vie locales et renforcer la cohésion sociale autour d’intérêts communs

« Ces ouvrages ne sont pas de simples infrastructures, ce sont de véritables catalyseurs de paix. Par exemple, la construction d’un magasin de stockage géré par une coopérative a permis à des producteurs issus de différentes communautés de sécuriser leurs récoltes et d’accéder à des financements », illustre Bourama Diallo, responsable de projet pour ACTED à Gao.

Les infrastructures communes obligent les communautés à collaborer, à partager, mais aussi à gérer collectivement des ressources, via un comité de gestion composé de personnes issues des différentes communautés. « Chaque ouvrage est à la fois une réponse concrète aux besoins vitaux, mais aussi un symbole de dialogue et de collaboration entre communautés et autorités », résume Bourama Diallo.

La photo montre le parc de vaccination de Bourem Djindo, construit dans le cadre du projet CONPAX  (photo: ACTED)

Parc de vaccination de Bourem Djindo

Dans le cadre du projet CONPAX, chaque infrastructure a été choisie par les communautés à l'issue de dialogues participatifs. En fin de projet, 99% des bénéficiaires estiment que les ouvrages réalisés correspondent à leurs besoins prioritaires et profitent à tous sans discrimination.

Deux volets : dialogue et construction

Le projet s'est articulé autour de deux volets étroitement imbriqués: les dialogues participatifs et la construction des infrastructures. 

Des dialogues communautaires, impliquant les populations et les autorités locales, ont permis d’identifier les infrastructures prioritaires et de mettre en place des mécanismes de gestion capables de survivre au-delà du projet. « Il ne s’agissait pas de regarder uniquement quelle infrastructure construire, mais comment elle est identifiée, qui participe aux décisions, quel groupe risque d'être exclu, quels risques de tension pourraient émerger autour de leur gestion, comment transformer ces infrastructures en levier de dialogue plutôt qu'en facteur de conflit », détaille Boubacar Coulibaly, Chef de projet chez Search for Common Ground. 

Photo: Tout le monde s'exprime lors des discussions participatives (photo: Search for Common Ground)

tout le monde s'exprime

La construction des infrastructures a été réalisée en impliquant la population locale à travers des activités à Haute Intensité de Main d'Œuvre (HIMO), ciblant en priorité les jeunes sans emploi : « Cela leur a permis de gagner un peu d'argent. Certains ont investi le montant gagné pour développer un petit commerce avec lequel ils vivent encore aujourd’hui, malgré que le projet soit terminé », explique Agaly Ag Akeratane de l’ONG Tassaght.

Des résultats qui dépassent les attentes 

L’évaluation finale réalisée fin 2025 met en évidence l’impact du projet : 85 % des personnes interrogées perçoivent une amélioration de la cohésion sociale, 91 % des bénéficiaires constatent une amélioration de leurs opportunités économiques et 85 % des femmes déclarent participer davantage aux mécanismes de résolution des conflits.

« Lorsque les communautés sont pleinement impliquées, les résultats dépassent largement la simple construction d'ouvrage », remarque Bourama Diallo d’ACTED.

Au-delà des chiffres, l'évaluation met en évidence des transformations durables. Des espaces de dialogue qui n'existaient pas ont été créés. Des comités de gestion inclusifs, intégrant femmes, jeunes et représentants des différentes communautés, assurent aujourd'hui la maintenance et la gouvernance des ouvrages. Des accords locaux sur l'usage des ressources naturelles ont été conclus entre groupes auparavant en tension. 

Photo: Les femmes jouent un rôle important dans les dialogues (Photo : Search for Common Ground)

Femmes Mali SFCG

« Le projet a tenu régulièrement des assemblées communautaires qui ont permis aux différentes communautés de se rencontrer et de discuter ensemble », témoigne un habitant de la région de Bandiagara.

L’évaluation du projet révèle des effets en cascade : 

  • un accès facilité à l'eau libère du temps pour des activités productives ou éducatives ;
  • un marché à bétail fonctionnel fluidifie les échanges et réduit les frictions sociales grâce aux rencontres régulières ;
  • une école en dur améliore la fréquentation scolaire.

Un financement agile

Face à l’évolution du contexte, la Fondation Facilité Sahel a permis aux partenaires de faire preuve d’agilité en cours de mise en œuvre : suspension et reprise d'activités selon l'évolution sécuritaire, relocalisation de certaines interventions vers des zones plus stables comme Ménaka, puis vers le cercle de Koro, dans la région de Bandiagara. 

Les partenaires de mise en œuvre soulignent les atouts du financement via le canal de la Facilité Sahel : « La Fondation a permis de mener des consultations approfondies tout au long du projet, garantissant une inclusion réelle des populations et une prise en compte des risques de conflits. Elle a aussi favorisé une approche territoriale en créant des synergies avec d'autres financements et en inscrivant les projets dans une logique régionale. La Facilité ne finance pas seulement des infrastructures, elle finance un processus de paix et de développement inclusif », conclut Bourama Diallo. 

Contexte

emplacement Mali

Les régions de Gao, Ménaka et Bandiagara, dans le nord et le centre du Mali, concentrent des dynamiques complexes. La présence de groupes armés non étatiques, les tensions récurrentes entre agriculteurs et éleveurs autour de l'accès aux ressources naturelles, l'affaiblissement des mécanismes locaux de gestion des conflits sont auant de facteurs qui ont fracturé le tissu social de ces territoires.

C'est dans ce contexte que la Fondation Facilité Sahel a décidé de financer, à partir de 2021, un projet visant la promotion de la cohésion sociale et la réponse aux besoins socio-économiques des populations. La mise en œuvre a été réalisée par un consortium de partenaires combinant les expertises : ACTED (coordination, logistique et construction), Search for Common Ground (dialogue communautaire et analyse de conflit), l’ONG malienne Tassaght (mobilisation communautaire) et Impact Reach (anayse de contexte).

La présence d'une organisation malienne dans le consortium était une condition posée par la Fondation. Tassaght connaît les acteurs locaux, leurs réseaux, leurs codes. Cette proximité a rendu possible l'identification des bons interlocuteurs, la construction d'une confiance avec les communautés et l’implication réelle des populations.